VARSOVIE (EJP)---L'ouverture prévue en 2012 d’un Musée de l’Histoire des Juifs de Pologne est très importante car ce pays est en quelque sorte le "dépositaire" d’une immense expérience juive, estime l’historien et journaliste Alexandre Adler.
Il affirme par ailleurs que la Pologne "est de moins en moins antisémite".
Au cours d’un voyage organisé mercredi et jeudi dans la capitale polonaise par l’Association européenne de soutien au Musée d’Histoire des Juifs de Pologne, il a rappelé que c’est le judaïsme polonais qui a engendré par explosions successives à la fois le judaïsme russe, le judaïsme américain et une bonne part du judaïsme d’Europe occidentale.
Le musée, qui mettra en valeur 1000 ans de présence juive en Pologne et dont la construction a commencé en juin dernier, sera érigé à l’emplacement de ce qui fut le Ghetto de Varsovie, face au monument aux héros de l'insurrection contre les troupes nazies de 1943.
"Le judaïsme polonais a transformé les conceptions du judaïsme et la Pologne a permis tout cela", souligne Alexandre Adler dans un entretien avec EJP.
"Je pense qu’il faut redonner confiance aux Polonais et en leur histoire".
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La présence en Pologne remonte à près de mille ans avant la Shoah. Fuyant les persécutions religieuses dans d'autres territoires européens, les premiers Juifs arrivent dans le Royaume de Pologne dès le Moyen-âge. Durant les 5 siècles qui suivent, la Confédération polono-lithuaniennedevient le foyer de la plus grande communauté juive d'Europe, faisant de la Pologne un lieu majeur de développement de la culture et de la religion juives. Avant les grandes vagues d'émigration, on estime que la moitié de la population juive dans le monde vivait en Pologne. "Polin", le nom hébreu de la Pologne signifie "Ici, repose-toi'. Ceci était particulièrement vrai avant la montée de l'antisémitisme moderne et jusqu'à la Shoah, l'extermination de six millions de Juifs européens par l'Allemagne nazie.
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"Quand la Pologne était grande, elle était un pays accueillant aux Juifs et a permis au judaïsme de se reconstituer et de se donner son identité moderne. La Pologne n’a pas à rougir de son histoire. Elle a traité les juifs avec une mansuétude et une liberté qui a attiré à elle la majorité du judaïsme ashkénaze qui vivait dans les ghettos de la vallée du Rhin et qui s'est déplacée vers des territoires plus ouverts et plus libres".
"Il y a une histoire importante entre le judaïsme et la Pologne qui est d’abord avant tout une histoire positive".
Pour Adler, ce n’est qu’à partir du moment où la Pologne a cessé d’exister comme Etat et a été ballottée par l’histoire que l’antisémitisme a eu un ascendant beaucoup plus grand.
"Les élites se sont effritées et ont cessé de défendre les Juifs. Cela a été un exutoire facile pour un occupant comme la Russie qui a cherché un moment donné à criminaliser les Juifs et à créer une espèce d’entente avec les Polonais sur base de l’antisémitisme. Les années 20 et 30 ont été parmi les plus sombres, préparant la Shoah".
"Mais on ne peut pas réduire l’expérience polonaise à ces moments les plus sombres. Il faut les réinsérer dans une histoire plus longue. Le judaïsme polonais a été très important pour le judaïsme en général et également pour la Pologne".
Quel avenir pour les Juifs en Pologne aujourd’hui ?
" Je pense que la Pologne est sur une spirale ascendante depuis des années. A l’origine, il y a eu une rencontre entre les Juifs qui restaient en Pologne, peu nombreux et d’origine communiste, qui étaient devenus très critiques du système soviétique, et une nouvelle génération polonaise, catholique mais orientée vers la démocratie. comme Jean-Paul II l’a été dans sa jeunesse".
Le socle sur lequel cette réconciliation s’opère est l’adhésion très forte des Polonais aux valeurs démocratiques et de liberté. Ceci résume aussi leur désir d’être Européens même si à l’intérieur de l’Europe tout comme les Tchèques, ils craignent l’ascendant allemand et les ‘tropismes’ russophiles des Allemands et des Français. Ils se sentent garantis par l’OTAN et les USA tout autant que par les institutions européennes. Par ailleurs l’attitude des Polonais vis-à-vis du conflit moyen-oriental est infiniment plus ouverte et positive vis-à-vis d’Israël que ne le sont les attitudes des opinions occidentales".
L’antisémitisme n’a pas entièrement disparu mais disparaîtra-t-il entièrement un jour ?
"Il y a des pays qui ont été violemment antisémites par le passé et qui ne le sont plus du tout, et inversément". Comme par exemple l’Italie qui a inventé le ghetto et a persécuté les Juifs au 19ème siècle. A partir du Risorgimento, l’Italie a fait l’inverse et est devenue le premier pays d’Europe occidentale à avoir un président du Conseil juif, un maire de Rome juif. Elle est devenue le pays probablement le moins antisémite d’Europe".
"D’un autre côté on a des pays qui étaient totalement immunisés contre l’antisémitisme en apparence ou qui ont été à l’avant-garde de la tolérance à l’égard des juifs et qui aujourd’hui sont devenus antisémites à travers l’antisionisme", souligne Alexandre Adler qui cite comme exemples la Suède ou l’intelligentsia britannique.
"Ceci signifie que l’antisémitisme est une maladie opportuniste qui se développe là où il y a une baisse de la défense immunitaire mais qu’inversément on peut en guérir".
"La Pologne se situe exactement au milieu. L’antisémitisme populaire était très répandu avant guerre, s’est ensuite nourri de l’anticommunisme dans les années 50 et a commencé à régresser lorsque s’est produit cette rencontre entre la jeunesse intellectuelle juive qui en 1968 était favorable au Printemps de Prague contre la prépotence soviétique et l’intelligentsia catholique elle-même modernisée. Ce sont ces deux mouvements qui sont précisément à l’origine de Solidarnosc. Depuis lors, la situation en Pologne n’a cessé de s’assainir, avec bien sûr des manifestations déplaisantes comme Radio Mariya.".
"A on avis la Pologne est de moins en moins antisémite et de moins en moins réceptive à un discours antisémite direct".