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Un Musée d’Histoire des Juifs de Pologne à Varsovie pour mieux connaître une des grandes civilisations européennes
Mis à jour: 25/octobre/2009 15:02
Le journaliste juif polonais Konstanty Gebert devant le Monument dédié aux Héros de l'Insurrection du ghetto de Varsovie en 1943. C'est face au monument, sur la place Bohaterow Getta, que sera érigé le Musée d'Histoire des Juifs de Pologne qui verra le jour en 2012.
Photo: EJP
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VARSOVIE (EJP)---Le Musée d’Histoire des Juifs de Pologne, qui ouvrira ses portes en 2012 sur le site de l’ancien ghetto de Varsovie et dont la construction a débuté en juin dernier, retracera mille ans de vie juive rayonnante dans ce pays avant l’extermination de près de 3,4 millions de Juifs polonais durant la Shoah.  

EJP a rencontré cette semaine à Varsovie deux personnalités juives très actives dans une  communauté qui de nos jours avoisine officiellement les 8.000 personnes mais qui serait bien plus grande si l’on tient compte des nombreux Juifs qui depuis la période post-communiste retrouvent leurs racines juives.
Le journaliste Konstanty Gebert est né en Pologne en 1953. Ancien membre du mouvement Solidarnosc (Solidarité) de Lech Walesa, il travaille aujourd’hui pour le plus important quotidien du pays, Gazeta Wyborcza, avec un tirage de 400.000 exemplaires. Il a aussi été rédacteur en chef de Midrasz, une publication mensuelle juive.  
EJP : Comment envisagez-vous le futur musée ?
Konstanty Gebert : Cette institution est absolument ndispensable, non seulement objectivement dans le sens de l’immense héritage que ce musée doit refléter mais aussi pour combler l’immense lacune de connaissance de l’histoire du judaïsme polonais parmi les Polonais, parmi les Juifs non-polonais et entre nous soit-dit aussi parmi de nombreux Juifs polonais. Les six années d’horreur de la Shoah ont dominé sept siècles d’histoire glorieuse. L’importance du judaïsme polonais ne consiste pas dans le fait qu’on s’est fait massacrer par Hitler. Elle consiste dans le fait qu’on a créé une civilisation unique, que tous les grands courants de pensée et de vie sociale juives sont nés ici, que ce soit le hassidisme, l’orthodoxie, le bundisme, une partie du sionisme, les grands artistes, les grands écrivains… la liste serait trop longue pour les énumérer tous. Tout cela mérite un endroit où l’on pourra apprécier et apprendre à connaître cette civilisation. Donc le musée va s’ouvrir sur des très longs chapitres qui ont précédé le chapitre de l’horreur. Mais il va aussi s’ouvrir sur le chapitre qui suit la Shoah. Le judaïsme polonais, n’en déplaise à Hitler, n’est pas fini en 1944. Les survivants, avec un courage indomptable, ont essayé de recréer une vie juive en Pologne après la guerre. Si ce fut  finalement un échec, ce n’est pas tant par manque d’effort mais parce que les circonstances en Pologne communiste ne s’y prêtaient pas. Mais cette histoire du judaïsme polonais dans l’après 2ème guerre mondiale mérite également appréciation et réfexion. Ce musée sera un lieu central d’information pour Juifs et non-Juifs essayant de mieux connaître une des grandes civilisations européennes, celle du judaïsme polonais.
 
EJP : Qu’attendez-vous spécifiquement de ce musée ?
Konstanty Gebert : Qu’il ouvre le débat, qu’il ne présente pas de conclusions, qu’il donne à réfléchir, à penser, au sens liturgique du terme, c’est comme le symbole qui donne à penser. Je voudrais que les gens sortent perplexes du musée en disant : c’est nouveau, je ne savais pas, maintenant je comprends, c’est intéressant….Je n’ai aucun doute que le musée ira dans cette direction.
 
EJP : Comment voyez-vous l’avenir des Juifs en Pologne ?
Konstanty Gebert : Nous sommes une très petite communauté, nos problèmes sont d’abord d’ordre démographique et non politiques. Avec les 8.000 membres des diverses organisations juives, la survie institutionnelle n’est pas encore assurée. La décision sera résolue dans les dix années à venir par les jeunes gens qui sortent de l’école juive de Varsovie… Si un nombre important d’entre eux se tournent vers les institutions et organisations juives,  s’ils les transformeront mieux que nous avons su le faire après 1989, l’avenir sera assuré. Posez-moi  à nouveau la question dans dix ans…
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EJP : Le renouveau juif en Pologne est un élément d’espoir ?
Konstanty Gebert :  Plus qu’un espoir. J’ai vraiment le sentiment d’avoir assisté à un miracle. On nous considérait morts. Cette école juive de Varsovie, avec près de 300 élèves, les Brith Milah, les mariages, les engueulades entre grands leaders, les festivals de culture, la publication vertigineuse de livres à thème juif, tout ceci montre que la communauté n’est pas morte, bien au contraire.
EJP : Vous avez déclaré qu’en tant que Juif  portant la kippa vous vous sentiez plus en sécurité ici qu’à Paris ?
Konstanty Gebert : Récemment à Paris je me suis fait bousculer en public de façon désagréable par des jeunes gens, dans l’indifférence totale des gens qui ont assisté à la scène…
A Varsovie, il m’arrive d’entendre des agressions verbales mais j’ai appris à ne pas répondre, un autre passant bien répondra à ma place. Ici, je peux compter sur la solidarité de la rue alors que je n’ai pas eu ce même sentiment à Paris….
EJP : Pas de problème d’insécurité donc ?
Konstanty Gebert : Parfois si, si je traîne dans des quartiers pauvres des villes en crise… Mais il n’ya pas d’insécurité particulière à la Pologne.
 
Michael Schudrich (à droite), Grand Rabbin de Pologne, dans la synagogue Nozyk à Varsovie, le 22 octobre 2009.
Photo: EJP
 
Michael Schudrich, né à New York en 1955 d’une famille polonaise originaire de Baligrod, Grand Rabbin de Pologne depuis 2004, joue un rôle important dans la renaissance de la vie juive dans ce pays. Il a aujourd’hui la double citoyenneté américaine et polonaise. Nous l’avons rencontré à la synagogue Nozyk, la seule synagogue de Varsovie à n’avoir pas été détruite par les Nazis.
EJP : Que représente pour vous le futur musée de l’histoire des Juifs de Pologne ?  
Michael Schudrich : Nous avons une obligation spéciale de rappeler la contribution des Juifs à la Pologne et au monde juif en général pendant mille ans. Quel que soit l’endroit où vivent les juifs, tout est basé sur ce qui a été créé en Pologne. Si vous êtes Hassid, le Hassidisme vient d’ici. Si vous êtes sioniste, le sionisme a prospéré ici. Si vous êtes Juif laïc, tout vient de ce que les Juifs ont produit ici. 
EJP : Pensez-vous que cela fera venir beaucoup de monde, également des Etats-Unis ?
Michael Schudrich : Je n’en ai aucune idée. Personnellement, je ne pense pas que ce soit la raison derrière un tel projet. La raison de ce musée est l’ obligation morale de rappeler cette contribution des Juifs et de rendre hommage à ce pays.
EJP : Quel est l’avenir des Juifs en Pologne ?
Michael Schudrich : Jusqu’à 1989 et la chute du communisme, il était très difficile d’être Juif ici. Les Juifs ne se sentaient pas en sécurité, il n’était pas facile d’être fier d’être Juif, de parler ouvertement, d’entreprendre quoi que ce soit au niveau du judaïsme. Pendant 50 ans, rien ne s’est donc passé et la grande majorité des survivants Juifs Polonais de l’après-guerre ont quitté la Pologne communiste occupée par les Soviétiques. Mais depuis la chute du communisme, des milliers de Juifs ont découvert leurs racines juives. Ceci est l’histoire actuelle des Juifs en Pologne.
 
EJP : Est-il difficile de faire revenir ces milleirs de Juifs au judaïsme, à la religion ?
Michael Schudrich : C’est d’abord une grande mitzvah mais aussi un énorme défi. Il faut aider ces personnes à apprécier le sentiment de la connexion à la vie juive.  
EJP : Est-on en sécurité aujourd’hui en Pologne ?
Michael Schudrich : Je vais peut-être déplaire en disant que le problème des Juifs confrontés à des menaces physiques n’est pas celui des Juifs de Pologne mais bien celui de pays plus à l’ouest, comme la France ou la Belgique….Le problème auquel doivent faire face les Juifs en France n’existe pas en Pologne. Evidemment il n’existe pas aussi pour des raisons démographiques. Il y a moins de Juifs en Pologne qu’en France….. Mais je pense qu’en Pologne, le Pape Jean-Paul II  a été la personne qui a sans doute fait le plus dans l’histoire du pays pour combattre l’antisémitisme. Il a eu un énorme impact en Pologne et beaucoup de gens ont changé. Pas tous, mais beaucoup….
 
 
 
 
 

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