BAGDAD (AFP-EJP)---L'historien français de la déportation des juifs par les nazis Serge Klarsfeld a appelé juifs et musulmans à prendre conscience de leurs souffrances respectives pour mieux se connaître, lors de la clôture à Bagdad d'une série de conférences dans la monde arabo-musulman sur la Shoah.
"Il faut faire connaître des oeuvres montrant la parenté des juifs et des musulmans, car les musulmans ont aussi souffert du colonialisme et de l'humiliation. Il faut le faire savoir afin que chacun connaisse mieux l'autre", a déclaré dimanche soir à Bagdad l'avocat et auteur de plusieurs ouvrages sur la "solution finale" des nazis.
Il clôturait une série de conférences qui l'ont conduit à Tunis, au Caire, à Amman, à Istanbul, à Rabat, à Jérusalem et Nazareth dans le cadre du projet Aladin lancé en 2009 sous le parrainage de l'Unesco, et visent principalement à combattre le négationnisme dans les pays arabes et musulmans.
"L'interrogation permanente était de savoir comment ce génocide avait pu avoir lieu et comment se fait-il que les Israéliens agissent de la manière dont ils agissent", vis-à-vis des Palestiniens, a dit Klarsfeld, président de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, lors d'une conférence à la résidence de l'ambassadeur de France à Bagdad.
Le projet Aladin a édité en arabe et en persan plusieurs livres sur la Shoah, notamment "Si c'est un homme" de Primo Levi ou le "Journal d'Anne Franck". Des livres en arabe et en persan traitant de la tolérance devraient aussi être traduits prochainement dans des langues européennes.
Une série de lectures du livre de Primo Levi était organisée dans plusieurs villes du monde arabo-musulman. Une initiative française qui s'inscrit dans un projet de lutte contre le négationnisme. "Je ne l'ai pas écrit dans le but d'avancer de nouveaux chefs d'accusation, mais plutôt pour fournir des documents à une étude dépassionnée de certains aspects de l'âme humaine".
C'est ainsi que l'écrivain juif italien, mort en, 1989, définissait son œuvre. Dans ce récit autobiographique, il raconte son expérience dans le camp d'extermination d'Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Cette œuvre, considérée comme l'une des plus importantes du XXe siècle, a fait de Levi un des rescapés les plus connus de la Shoah.
Mais Serge Klarsfeld, dont le père a été déporté en 1943, estime que le projet Aladin doit aller plus loin. "Il faut combattre le négationnisme mais je comprends que ceux qui ont subi les colonialismes anglais ou français voudraient qu'on parle aussi de leurs souffrances et de ceux qui souffrent de la présence israélienne sur ce qu'ils considèrent comme leur terre".
Plusieurs intervenants se sont interrogés sur les raisons ayant incité les initiateurs à nommer leur projet Aladin. "Aladin est un nom d'Orient et non de l'Occident alors que c'est dans cette région qu'a eu lieu la Shoah", a fait remarquer Ali Ahmad al-Mamouri, professeur de linguistique.
"Nous l'avons fait car Aladin c'est la lanterne magique, c'est la lumière, et la lumière c'est la connaissance", a répondu Abe Radkin, directeur exécutif du projet.
Le ministre irakien des Sciences et de la Technologie, Raid Jahid Fahmi, a estimé que "toute personne attachée aux droits de l'Homme ne peut que condamner les crimes des nazis".
« La création de l'Etat d'Israël pèse sur le débat. Beaucoup d'Arabes et de musulmans ont le sentiment que ce sont les Européens qui ont commis ce crime contre les Juifs et que ce sont les Palestiniens qui paient la facture", a déclaré le ministre.
"Il faut que ce soit les mêmes principes qui nous poussent à condamner l'Holocauste et à refuser les injustices, dont souffrent notamment les Palestiniens, même si elles ne sont pas de même nature. Malheureusement parfois ceux qui condamnent la Shoah ne le font pas pour ces injustices et nous aimerions qu'il y ait une cohérence", a-t-il souligné.