VIENNE (AFP-EJP)---Un bal à Vienne de corporations estudiantines autrichiennes proches de l'extrême-droite, avec la participation de Marine Le Pen, candidate du Front national à l'élection présidentielle en France, a provoqué vendredi soir une contre-manifestation, tandis que les autorités ont mis en place un important dispositif policier.
Marine Le Pen, qui, comme elle l'a indiqué à l'AFP, séjourne "pour la première fois de sa vie à Vienne", est l'invitée du bouillonnant dirigeant du parti populiste et d'extrême-droite FPÖ, Hans-Christian Strache, et cela au titre de l'Alliance européenne pour la Liberté (EAF), qui rassemble des formations populistes et d'extrême-droite.
Créditée de 26% des intentions de vote aux élections législatives de 2013, cette formation en pleine expansion a opéré depuis 2005 une mue idéologique radicale. En juin 2011, elle a modifié son programme pour inscrire l'Autriche dans une "communauté culturelle allemande".
Les autres dirigeants d'extrême-droite présents à Vienne sont notamment le député suédois Kent Ekeroth des "Démocrates suédois", Philip Claeys du parti belge flamand Vlaams Belang, ainsi que des responsables du parti d'extrême-droite allemand NPD.
Au Parlement, Marine Le Pen a rencontré dans l'après-midi le 3e président de l'Assemblée nationale, Martin Graf (FPÖ), le chef de file de l'aile la plus dure de l'extrême-droite autrichienne. Il est membre d'Olympia, une "Burschenschaft", corporation secrète interdite aux juifs et aux femmes dont les membres sont chargés de véhiculer dans la société, par des biais détournés, des idées néonazies, pangermanistes, antisémites et négationnistes.
Ils pratiquent le duel au sabre dans les caves des beaux quartiers de Vienne et se reconnaissent entre eux à la balafre qu'ils se doivent d'exhiber sur une joue.
Après un dîner avec Hans-Christian Strache, Marine Le Pen s'est rendue au bal qui a lieu au Palais impérial d'hiver des Habsbourgs, la Hofburg, au coeur de la Vienne impériale, où a lieu la soirée mondaine. Le palais donne sur la Heldenplatz, la place des Héros, là même où, en 1938, Adolph Hitler prononça l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne.
Mais ce bal est le dernier à se tenir dans la Hofburg : la société de gestion du palais (Wiener Hofburg Kongresszentrum BetriebsGmbH), sous la pression des organisations de gauche, des syndicats, des écologistes de mouvements de la société civile et de la mairie sociale-démocrate de Vienne, a décidé de résilier pour 2013 le contrat permettant l'organisation du bal dans ce bâtiment chargé d'histoire.
Pour Hans-Christian Strache, cette décision est "une capitulation devant le mobbing de la gauche et de la rue".
A l'extérieur du palais, plusieurs milliers de manifestants de gauche, d'extrême-gauche, écologistes, anti-racistes et de la société civile, dont plusieurs centaines étaient venus d'Allemagne, ont commencé à manifester à partir de 17 heures.
En fin d'après-midi, les informaticiens pirates du mouvement "Anonymous" avaient réussi à parasiter le site internet des organisateurs du bal -- http://www.wkr.at -- en installant à l'écran leur logo: un poney bleu et l'emblème de l'Union soviétique, avec en fond musical l'hymne de l'URSS.
Un très important dispositif de plusieurs centaines de policiers, dont des unités arrivées en renfort à Vienne de cinq Etats régionaux, ont interdit aux contre-manifestants toute approche de la Hofburg, tandis que des hélicoptères de la police patrouillaient dans le ciel.
L'organisation du bal des corporations estudiantines (Wiener Korporationsring, WKR), dont c'est la 59e édition, avec 3.000 invités, fait depuis des années l'objet de vives controverses qui ont pris cette année encore plus d'ampleur parce que les organisateurs -- par ignorance ou provocation -- ont choisi le jour-anniversaire de la commémoration de l'Holocauste à l'encontre des juifs par les nazis et le 67e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz.
Le 19 janvier, la commission autrichienne de l'UNESCO, confrontée à un déluge de protestations, avait dû retirer l'ensemble des bals viennois de sa liste du patrimoine culturel, en raison de la présence du bal des corporations estudiantines d'extrême-droite sur la liste proposée.