BRUXELLES (AFP-EJP)---Le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a rejeté lundi 22 à Bruxelles les accusations d'implication de son pays dans le meurtre d'un cadre du Hamas à Dubaï, en lançant sur le ton de la boutade: "Je pense que vous regardez trop de films de James Bond".
Il s'est borné à cette unique déclaration devant les journalistes, à l'issue d'une entretien avec le président du Parlement européen, le Polonais Jerzy Buzek.
La visite de Avigdor Lieberman à Bruxelles était prévue de longue date. Mais elle s'est transformée en marathon pour tenter d'apaiser les Européens après l'assassinat de l'un des fondateurs de la branche armée du Hamas, Mahmoud Al-Mabhouh, dans un hôtel de Dubaï en janvier dernier.
Selon la police de Dubaï, des membres du commando responsable de ce meurtre détenaient de faux passeports britanniques, irlandais, français et allemand, ce qui a ulcéré les pays concernés et l'Union européenne toute entière.
Avant de voir Jerzy Buzek, Avigdor Lieberman a rencontré les ministres des Affaires étrangères irlandais, Micheal Martin, britannique, David Miliband, et espagnol, Miguel Angel Moratinos, dont le pays préside l'UE.
Dans la soirée, il devait participer à un dîner avec la chef de la diplomatie de l'Union européenne, la britannique Catherine Ashton.
"Rien ne prouve qu'Israël est impliqué" dans le meurtre du responsable du Hamas, comme il l'a répété dans un communiqué diffusé dans la journée par son ministère à Jérusalem.
"Il y a beaucoup d'accusations gratuites contre Israël", a-t-il ajouté dans ce texte.
Lundi, les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis à Bruxelles, ont adopté une déclaration condamnant fermement l’usage frauduleux de passeports européens dans l’opération de Dubaï.
« L’assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh soulève des questions qui sont profondément dérangeantes" pour l'Union européenne », indique un texte au contenu soigneusement pesé.
Les ministres se sont gardés de pointer directement du doigt la responsabilité d'Israël, plusieurs d'entre eux faisant valoir que rien n'était prouvé à ce jour, tout en estimant que cette opération "ne peut pas contribuer à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient".
A Paris, le président français Nicolas Sarkozy a fait part de sa "condamnation sans appel" de "l'exécution" de Dubaï, lors d'un conférence de presse commune avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
"Ce genre d'événement ne peut qu'attiser les tensions et n'amène rien de positif. La France est une démocratie et on ne peut pas accepter ça", a affirmé M. Sarkozy.
Le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a promis d'aller "au fond des choses" dans l'enquête sur l'utilisation de passeports et souligné à l'attention d’Israël l'importance de respecter "les règles de l'Etat de droit".
Les critiques européennes ne devraient pas dépasser toutefois le stade des protestations verbales, selon un diplomate. M. Miliband a ainsi souligné la nécessité de maintenir la coopération entre son pays et l'Etat hébreu.
L'affaire survient à un moment où les Européens s'efforcent d'encourager une relance des négociations de paix israélo-palestiniennes et de peser sur leur issue aux côtés des Etats-Unis, alors qu'ils se contentent à ce jour surtout d'être les bailleurs de fonds des Palestiniens.
Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde, les chefs de la diplomatie espagnole et française, Miguel Angel Moratinos et Bernard Kouchner, ont ainsi estimé lundi que les Européens devaient proposer un "calendrier de négociations" sur le statut final de l'Etat palestinien et "une conférence au sommet pour la paix".