PARIS (AFP)---Le "pletzl" a bien changé ! Ce petit quartier juif hitorique, rue des Rosiers à Paris (IVème), a tourné une nouvelle page: le célèbre restaurant Goldenberg a cédé la place à un magasin de jeans.
Ce lieu symbole de l'identité juive de la capitale, visé par un attentat le
9 août 1982 qui avait tué 6 personnes, attirait de nombreux touristes et juifs de la région. Après deux ans de fermeture, il a rouvert sous une autre enseigne, le 6 janvier pour le premier jour des soldes.
Les nouveaux occupants ont toutefois gardé bien visible l'enseigne rouge "Goldenberg Pletzl": "Les avis des gens sont mitigés, certains sont contents que ce magasin revive et d'autres, par rapport à son passé, le sont moins", dit la vendeuse de cette boutique branchée baptisée "Temps des cerises".
"La mairie du IVe et le maire de Paris avaient voulu que Goldenberg reste dans le patrimoine parisien parce que c'est un lieu qui a sa part d'histoire", rappelle à l'AFP Dominique Bertinotti, la maire PS de cet arrondissement.
"Nous avons travaillé avec le mémorial de la Shoah pour voir s'il ne pouvait pas y installer sa librairie. Goldenberg avait vendu à un propriétaire qui exigeait des prix défiant l'entendement. Il était impossible pour la Ville d'acheter les murs et impossible pour le mémorial d'avoir un tel loyer", regrette l'édile.
Sa municipalité a réussi, juste en face de l'enseigne Goldenberg, à créer un café social avec un organisme de la communauté juive, "un lieu d'écoute pour les personnes âgées et les jeunes".
Samuel-Adoner Milo est une figure du quartier. Né rue des Rosiers en 1925, il en connaît le moindre recoin et signale toujours les nombreuses plaques commémorant les rafles durant la guerre, fixées devant l'école, un immeuble, la synagogue, résultat d'un travail collectif avec la municipalité sur le devoir de mémoire.
Difficile aujourd'hui de croire que ce quartier était extrêmement pauvre dans l'entre-deux guerres. La population juive immigrée y échouait "dans des conditions désastreuses", raconte la maire. Le quartier a payé un très lourd tribut aux rafles de juillet 1942. Après le retour des familles survivantes, leurs enfants qui ont réussi sont partis vivre ailleurs.
Puis, menacé de démolition, ce coin du Marais "a été restauré grâce à la loi Malraux de 1962", souligne Elisabeth Kurztag, conférencière au musée d'art et d'histoire du judaïsme, et ce à un moment où une nouvelle vague de juifs d'Afrique du nord arrivait et ouvrait des commerces.
"L'ancienne librairie, regardez, c'est Nike qui vient de la remplacer, pointe Samuel-Adoner, dépaysé, désolé", qui "ne reconnaît plus rien": "Il y avait là un hammam, des bouchers, des charcutiers, un coiffeur, tout a changé.
Avant c'était des immeubles avec des familles, aujourd'hui c'est très, très cher".
La rue des Rosiers conserve tout de même de bonnes adresses que lui et ses amis aiment fréquenter: le restaurant Marianne, les boulangeries Moskovitch et Korcarz...
"Des marques franchisées ont beaucoup plus de moyens financiers pour s'installer, cela a provoqué une mutation des commerces", reconnaît Dominique Bertinotti qui souhaite replacer cette évolution dans un contexte global.
La régression des commerces traditionnels du secteur serait observée ailleurs dans Paris, selon les premières conclusions d'une étude de la société d'économie mixte d'aménagement de l'Est parisien.