PARIS (AFP)---La comparaison entre le renvoi des Roms et la déportation des Juifs faite par l'archevêque de Toulouse continue de provoquer l'émoi, le Premier ministre François Fillon parlant de "faute grave" tandis que le prix Nobel de la paix Elie Wiesel la juge "inacceptable".
L'archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall, avait dressé vendredi à Lourdes un parallèle entre les expulsions de Roms et le sort fait aux Juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale en lisant la lettre du 13 août 1942 de l'un de ses prédécesseurs, Mgr Jules-Géraud Saliège, lue dans les églises de la région.
Dans cette lettre, Mgr Saliège écrivait notamment: "Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille...".
Selon l'archevêché de Toulouse, Mgr Le Gall devait faire lundi l'après-midi une mise au point afin de souligner qu'en faisant référence à ce texte, il ne voulait pas dresser un parallèle entre le sort des Juifs et celui des Roms, mais "appeler les chrétiens à avoir une attitude d'accueil, de fraternité et de solidarité à l'égard des Roms".
Dès le lendemain de sa déclaration, Mgr Le Gall s'était attiré les foudres du député UMP du Tarn Bernard Carayon, qui avait jugé "inacceptable" ce parallèle. S'adressant à l'évêque de Toulouse dans une lettre ouverte, M. Carayon avait écrit: "Vous assimilez le sort des Roms à celui des Juifs. C'est inacceptable. D'autant que, ce faisant, vous contribuez à une effroyable banalisation des martyrs de la Shoah".
Dans la soirée l'écrivain Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, jugeait également cette comparaison "inacceptable", tout en se disant solidaire des Roms. "Il faut être prudent avec le langage. Ces Roms, on les envoie en Roumanie, en Hongrie, pas à Auschwitz", avait affirmé le prix Nobel.
Lundi, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s'est dit "consterné" par les "confusions et amalgames", soulignant que les différences (entre les expulsions des Roms en Roumanie et les déportations de Juifs) "sont d'une telle ampleur que la simple comparaison relève d'une grande ignorance ou d'une grande mauvaise foi".
Du côté du gouvernement, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel s'était dit dès dimanche soir "extrêmement choqué", jugeant également "inacceptable" les écrits de Mgr Le Gall et parlant d'"amalgames déplacés".
Lundi matin, le Premier ministre François Fillon a renchéri en qualifiant sur France Inter la comparaison de l'archevêque de Toulouse de "faute grave, faute au regard de
l'Histoire et faute au regard de la communauté juive elle-même".