NANCY (AFP)---Le représentant de la communauté juive de Nancy, Etienne Heymann, a estimé mercredi que la suspension d'une professeure d'histoire, à qui il est reproché d'avoir manqué à ses obligations "de neutralité et de laïcité", constituait un "véritable scandale d'Etat".
"C'est un véritable scandale d'Etat qui salit l'honneur de la France", a déclaré à l'AFP M. Heymann, réclamant "une réaction soit du ministre, soit du président de la République".
Le représentant de la communauté juive a tancé les auteurs de ce rapport, "deux inspecteurs de l'Education nationale qui se sont complètement fourvoyés, pour des considérations politiques et raciales", selon lui.
"Nous avons tous entendu les déclarations du président de la République, à propos de sa volonté de favoriser la mémoire de la Shoah et de tous les holocaustes. Je ne veux pas croire que cette sanction, la suspension de cette enseignante, ne sera pas levée", a ajouté M. Heymann.
Catherine Pederzoli, 58 ans, a été suspendue quatre mois par le recteur de l'académie de Nancy-Metz, sur la base d'un rapport rédigé par l'Inspection générale de l'Education nationale en juillet.
Ce rapport concluait une enquête demandée par le rectorat, à la suite d'un "certain nombre de dysfonctionnements" dans le lycée public Henri-Loritz de Nancy, avait indiqué l'administration dans un communiqué mardi.
Dans ce document de 42 pages, dont l'AFP a eu copie, les inspecteurs pointent des "manquements aux obligations de réserve, de neutralité et de laïcité", et reprochent à cette enseignante l'"instrumentalisation des élèves" par des "lavages de cerveaux".
Ils estiment que Mme Pederzoli consacre trop de temps à l'organisation de voyages sur l'histoire des juifs en Europe centrale, comprenant des visites à des camps comme celui d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. "Un temps non négligeable de préparation étant consacré au projet, des parties du programme risquent de lui être plus ou moins sacrifiés", écrivent-ils.
Les auteurs notent en outre que, lors de leur entretien avec la professeure, cette dernière a prononcé 14 fois le mot "Shoah", "tandis que le terme à la fois plus neutre et juridiquement fondé de +génocide+ n'(a été) mentionné que deux fois, comme en passant".
Interrogé par l'AFP mardi, le rectorat avait insisté "sur le fait qu'il s'agit d'un dossier relevant de la problématique générale de l'organisation des voyages scolaires (...), sans rapport avec le sujet de la transmission de l'histoire et de la mémoire de la Shoah, à laquelle l'Education Nationale est très attachée"
L'enseignante, avait souligné l'administration, fait l'objet d'une "mesure conservatoire de suspension (...) à fin de complément d'instruction", mais cette mesure "ne se confond pas avec une sanction", et elle continue à être rémunérée pendant sa suspension.
Catherine Pederzoli a dénoncé mercredi "un abus de pouvoir" du rectorat.
Elle a déclaré à des journalistes: "Je vis un abus de pouvoir et un déni d'histoire parce qu'on m'interdit de travailler sur la Shoah. L'enseignement de la Shoah doit déranger, moi je fais mon travail et mes élèves réussissent au bac", a-t-elle dit.
"On salit ma vie privée et on dit que je manipule mes élèves, c'est gravissime. Je reste la tête haute, je n'ai commis aucune faute je ne me sens nullement coupable", a-t-elle déclaré.
Son avocate a saisi en référé le tribunal administratif qui devrait statuer sous quinzaine.